Annette Becker, Des Juifs trahis par leur France 1939-1944 (Gallimard, 2024)

« Nous avions été chassés d’Allemagne parce que nous étions juifs. Mais à peine avions-nous franchi la frontière que nous étions des « boches ». (… En 1940)   emprisonnés parce qu’Allemands, on ne nous libéra pas parce que nous étions Juifs. » (Hannah Arendt.) Otto Freundlich, peintre célèbre, interné comme allemand par la Troisième République, caché en zone sud sous Vichy, rattrapé, déporté, assassiné en 1943 à Sobibor. Mon grand-oncle Pierre Ignace, Français et juif, « notable » raflé le 12 décembre 1941, interné à Compiègne, déporté à Auschwitz-Birkenau par le convoi n°1 du 24 mars 1942. Cinquante-quatre Juifs étrangers arrêtés à Reillanne et déportés par les convois n° 74 et 75 en mai 1944, victimes de la dernière rafle collective en France.Je conterai ici en un triptyque les dernières années, les derniers mois, les derniers jours d’existence de ces êtres et de ceux, proches ou tiers d’un instant, qui ont témoigné de la chasse à mort dont elles et ils ont été les victimes. On les a réifiés, leurs vies ont été ravagées, elles et ils ne restèrent jamais sans résistance.Histoires éclatées, géographies éclatées, unité des parcours entre 1933-1939-1944. Vies si différentes, même fin, à l’issue d’arrachements multiples : aux êtres aimés, à son toit, même précaire, aux animaux domestiques, aux objets intimes. Vies réapparues en mots d’amour, mots de supplications face aux mots d’injonctions, derniers mots avant la séparation et la mort. Billets, dessins, listes, ordres, timbres et tampons, registres, graffiti, rapports de police, objets, photographies, paysages : toutes traces qui désinvisibilisent les êtres et les rendent majuscules. « Les statistiques ne saignent pas, c’est le détail qui compte ». (Arthur Koestler) Offrir le plus de « détails » possibles sur les parcours parmi les bourreaux, les complices, les indifférents, les sauveteurs, tels Varian Fry ou Gilberto Bosquès, les amis de toujours, écrivains, (Desnos, Char…), peintres (Picasso, Chaissac…), anonymes douloureux et magnifiques.Pour toutes et tous ma voix d’historienne des violences, des souffrances et des cultures des désastres et un « je » d’héritière de la Catastrophe qui a atteint ma famille.

 

Benjamin Caraco
Benjamin Caraco

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Benjamin Caraco (22 février 2024). Annette Becker, Des Juifs trahis par leur France 1939-1944 (Gallimard, 2024). Association pour le Développement de l’Histoire Culturelle. Consulté le 5 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/vvz1


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